Election américaine, quels enseignements pour les DSI ?

Les technologies de l'information se sont curieusement invitées dans l'élection présidentielle américaine de 2016 sous quatre angles :

  • L'affaire des employés de la DSI de Disney remplacés par des travailleurs étrangers

  • Les mails de Hillary Clinton

  • L'influence des hackers sur les résultats

  • L'échec des data sciences sur les prévisions électorales 

Ces quatre affaires sont riches en enseignements pour les DSI et je propose de les couvrir en quatre billets en commençant par Disney.

Disney, les licenciements et les travailleurs étrangers

En octobre 2014, Disney Parks and Resorts convoque dans des salles de réunion prévues à cet effet  200 à 300 collaborateurs de la DSI pour leur signifier leur licenciement. En parallèle, l'entreprise met en place un contrat d'outsourcing avec HTC et Cognizant qui emploient des travailleurs étrangers autorisés à exercer avec un visa H-1B.

J'ai moi-même bénéficié de ce visa lorsque j'ai passé deux ans en expatriation aux USA sur un projet IT. Dans son  questionnaire,  l'administration m'a demandé dans quelle mesure un Américain ne pouvait pas faire le job auquel j'étais destiné ?  Les visas H-1B sont faits pour faire venir  des compétences manquantes aux USA et non pas pour remplacer des jobs pourvus par des Américains. 

L'idée maîtresse du DSI de Disney Orlando était de restructurer pour que les employés Disney se consacrent à de nouveaux projets innovant. En parallèle, le maintien en condition opérationnelle de l'existant était sous traité.  Mais bien vite l'image s'est imposée d'informaticiens américains formant leurs remplaçants étrangers dans une mesure de "cost-cutting". 

Et cette affaire s'est immiscée dans la campagne américaine.

Lors des primaires, Trump a indiqué dans un débat qu'il réprouvait l'usage des visas, mais qu'il en avait utilisé dans ses entreprises, en concluant : "hey !  I'm a business man". Puis les candidats démocrates se sont servies de l'affaire, Sanders pour fustiger le programme H-1B, Clinton pour déplorer son usage pour des remplacements. Enfin, Trump a monté en épingle l'affaire en invitant deux employés Disney à un rallye électoral dans l'Alabama.

Le cas Disney est emblématique de la "middle-class" Américaine blanche qui se sent déclassée et menacée par les travailleurs étrangers. Ce sont des travailleurs des swing states (Floride, Ohio, Michigan...), ceux là-même, qui ont fait basculé le vote en faveur de Trump.

Quel enseignement pour les DSI ?

Beaucoup de DSI sont confrontés au problème de Disney. Lors d'une transition technologique, il est obligatoire de se doter de nouvelles compétences et de garder d'anciennes compétences pour maintenir l'existant. Disney a fait le choix de faire monter en compétence certains de ses propres employés pour les occuper sur des tâches plus haute valeur ajoutée et de confier le maintien en conditions opérationnelles des vieux systèmes voués à disparaître à des contractants. J'imagine que pour financer les projets innovants, le DSI a dû chercher des économies de coûts sur la maintenance, d'où le recours à l'outsourcing et aux travailleurs H-1B.

Voilà pour la tactique. Mais l'initiative a été particulièrement mal conçue sur le plan social. On s'interroge sur :

  • les licenciements massifs,

  • la brutalité de leurs annonces,

  • le mode de transmission des compétences entre employés Disney et contractants,

  • l'emploi dévoyé des contrats H-1B.

Ce sont les États-Unis, certes. Mais le corps social en France et en Europe manifeste le même sentiment : un ressentiment contre les entreprises et leur traitement Kleenex des employés,  une peur de déclassement des emplois de la classe moyenne même qualifiée, un rejet de la globalisation et une peur de l'étranger. Les résultats électoraux, dont le Brexit, le démontrent. 

Évidemment dans la transition digitale, ces opérations vont se développer sous des formes plus ou moins poussées. Il s'agit alors de prendre particulièrement soin à l'environnement social.